• 12 avril 2012
fr

L’Espérance au-delà de la fin

Bienheureux Jean-Paul II

Toujours à temps, l’Espérance s’élève
En tout lieu soumis à la mort.
L’espé­rance est le contre­poids de la mort,
En elle le monde mortel révèle à nou­veau sa vie.
Dans les rues, les pas­sants en blou­sons,
Les che­veux leur tom­bant sur la nuque,
Coupent au cou­teau de leur pas
L’espace du grand mys­tère,
Qui s’étend en chacun entre sa mort et l’espé­rance :
Espace élancé vers le haut
Comme la pierre de la tache solaire
Roulée du seuil du tom­beau.

En cet espace aux dimen­sions plé­niè­res du monde
TU ES
dès lors j’ai un sens, moi qui croule au sépul­cre,
Qui coule vers la mort,
Ma pous­sière où retourne cet unique assem­blage d’atomes
Est une par­celle de ta Pâque.
Je vais sur le trot­toir étroit de cette terre,
Les autos rou­lent, les fusées cos­mi­ques s’élancent…
Partout le même mou­ve­ment cen­tri­fuge
(L’homme… frag­ment du monde, est mû autre­ment…)
Ce mou­ve­ment sur le trot­toir étroit de cette terre,
Sans jamais me détour­ner de ta Face,
Que le monde ne me dévoile jamais.

La mort est pour­tant l’espé­rance du terme
Elle a quel­que chose d’anéan­tis­se­ment.
Par l’espé­rance, j’arra­che mon « moi », je dois l’arra­cher
Pour sur­mon­ter l’anéan­tis­se­ment.

Tous, ils crient alors de par­tout et crie­ront sans cesse :
« Tu dérai­son­nes, tu dérai­son­nes, Paul ! »
Et je lutte contre moi-même
Je lutte contre tant d’hommes pour l’espé­rance,
Mon espé­rance qui ne m’est confir­mée
Par nulle couche d’une mémoire qui ne serait que mienne,
Mon espé­rance que rien dans le miroir du fugace ne recrée :
Seul la confirme ton Passage pascal
Uni à la plus pro­fonde ins­crip­tion de mon être.

Ainsi par l’espé­rance suis-je ins­crit en Toi,
Hors de Toi je ne puis être –
Si je place mon « moi » au-dessus de la mort
Si je l’arra­che du champ de la des­truc­tion,
C’est parce que ce « moi » est ins­crit en Toi,
Comme dans le Corps
Qui exerce sur moi sa puis­sance
Et sur chaque corps d’homme,
Pour édifier à nou­veau mon « moi » de ses restes
Sur le champ de la mort,
Avec un contour tout entier dif­fé­rent,
Entre tous fidèle,
Où le corps de mon âme se res­soude à l’âme du corps,
Afin que mon être – qui repo­sait sur la terre –
Repose à jamais sur le Verbe,
Que toute dou­leur soit oubliée,
Le cœur fouetté d’un Vent sou­dain,
Fracassant les forêts des fron­dai­sons aux raci­nes.
Voici : ce vent, lancé par ta main, devient silence.

Ces atomes du vieil homme qui lient
Le sol très ancien du monde,
Je les touche de ma peau,
Je les greffe en moi à jamais pour que tous ils devien­nent ta Pâques
Ta Pâque, le PASSAGE.

Karol Józef Wojtyła

Revenir au début