• 18 septembre 2013
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Homélie père Raphaël ND de Compassion

" Le point commun entre tous ceux qui vivent de cet esprit de com­pas­sion, est le pas­sage sur l’autre rive : le mou­ve­ment du moi au toi, le décen­trage de mon inté­rêt au tien, en mar­chant sur les eaux, pas avec un bateau ultra-moderne sans se mouiller les pieds, mais sans sécu­rité, sans savoir pré­ci­sé­ment ce que l’on va trou­ver, si ce n’est la joie de suivre l’Agneau sur son chemin vers Jérusalem.

A Jérusalem jus­te­ment, la misé­ri­corde de Dieu va jusqu’à être clouée sur une croix pour répon­dre aux cris de tous les Hommes.

Au pied de la croix de son Fils se tenait sa mère.
Jésus a voulu avoir besoin de sa Mère pour aller jusqu’au bout de son sacri­fice d’amour.
La Mère était debout, tout près de la Croix.
Quand la souf­france vient visi­ter une per­sonne, celle-ci a tou­jours besoin d’un ami qui soit tout près d’elle et qui se tienne dans l’espé­rance, signe de son amour gra­tuit.

Aujourd’hui, ce sont les 5 ans du crash de la banque d’inves­tis­se­ment Lehman Brothers, une des pre­miè­res mani­fes­ta­tions de la crise qui conti­nue d’engen­drer de nom­breu­ses souf­fran­ces.
La conclu­sion de l’arti­cle d’un jour­na­liste new-yor­kais à ce sujet était la sui­vante : « Peut-être que l’amour est ce dont le monde de la finance a besoin main­te­nant. Peut-être que c’est la seule chose qu’il manque, qui se tra­duit par un manque d’enga­ge­ment et de proxi­mité ».


Au moment de son immense souf­france, le Christ a voulu avoir besoin de l’amour de sa Mère. Un amour proche. Aujourd’hui, le mot « dis­tance » est à la mode : dis­tance avec son patient pour ne pas souf­frir, dis­tance avec son élève pour ne pas être fusion­nel, dis­tance avec son ami, pour rester libre et objec­tif...
Les médias, par­ti­cu­liè­re­ment par les images, culti­vent cette dis­tance. On a l’impres­sion d’être tout proche des hor­reurs que l’on nous montre sans cesse, en nous dévoi­lant les détails de nom­breu­ses catas­tro­phes. En fait, on est comme main­tenu à dis­tance der­rière nos écrans sans pou­voir agir.
On est fina­le­ment mis à la place des dis­ci­ples qui, au moment de la cru­ci­fixion, res­tent éloignés de la croix de leur Seigneur. Ils voient de loin mais ne sont pas impli­qués direc­te­ment dans le drame. Et c’est de là que vient le déses­poir : ne pas être impli­qué dans ce qui se joue, dans la rela­tion, en culpa­bi­li­sant d’être loin.

Marie est toute proche de son Fils et c’est ce qui lui permet d’être debout et de le conso­ler, de lui donner la force par sa pré­sence aux mains nues, par son coeur ouvert et impuis­sant qui vient recueillir le cri du Logos, le silence du Verbe, le sang et l’eau de son côté pour féconder la terre. Jésus n’a pas besoin de regards dis­tants, de tech­ni­ciens, qui ana­ly­sent la situa­tion de loin pour établir un diag­nos­tic. Il a besoin de per­son­nes qui soient tout près de Lui pour souf­frir avec Lui et qu’il puisse vivre en elles.

(…) les amis de Points-Cœur sont « ceux qui sont là ».
C’est Lakshmi qui tient la main d’un ami qui est sur le point de mourir ; (…) c’est Claire qui recueille le cri de souf­france de cette épouse abusée par son mari ; encore un autre qui écoute long­temps son voisin qui lui confie sa dou­leur à l’appro­che de la mort de son frère qui s’est sui­cidé, chose qu’il n’a dite encore à per­sonne...
Ceux qui sont là. Ceux qui écoutent jusqu’au bout, qui recueille le sang et l’eau des per­son­nes mises sur leur chemin au gré des ren­contres.
Ceux qui demeu­rent là, sans fuir, alors qu’il n’y a pas de résul­tat visi­ble immé­dia­te­ment, pas de solu­tions à appor­ter, quel­les soient maté­riel­les ou tech­ni­ques, la plaie est bien trop pro­fonde.
Il s’agit alors d’être silen­cieux, vide de soi, pour écouter ce frois­se­ment de roseau, cette demande d’aide, en étant vide de ses pré­ju­gés et de son amour propre, pour lais­ser place à l’autre et se lais­ser entraî­ner sur l’autre rive : la rive de l’autre, qui alors n’est plus seul puisqu’un autre habite en lui et lui redonne l’espé­rance de la com­mu­nion : « Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se conver­tit ».

Père Raphaël Gaudriot
extrait de l’homé­lie du 15 sep­tem­bre 2013 à la cha­pelle ND de Compassion à Bulle


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